Fonds culturel de l'Ermitage 2015,de Martine Boulart

La Fondation de l’Ermitage :

Le Fonds culturel de l’Ermitage, créé par Martine Boulart, parrainé par Alain Dominique Perrin et inauguré par Jack Lang en 2014, a pour objet de mettre en évidence des travaux d’artistes de culture française et citoyens du monde, de toutes disciplines, vivant leur création comme un engagement pour dépasser les crises du monde contemporain et notamment la sauvegarde de la planète.

Il a également pour objet de contribuer à la recherche de nouvelles voies de création artistique qui sortent des sentiers battus par les modes post-duchampistes et par les outrances de la financiarisation de l’art. 

Dans la perspective d’un « art anthropocène », c'est-à-dire marqué par la conscience que l’influence de l’homme est devenue prédominante sur le système terrestre, .la fondation souhaite renouer un dialogue trop souvent interrompu entre les univers cloisonnés de tous les arts. De la même manière, elle fonctionne selon « l’esprit des salons » en privilégiant l’exercice critique et les échanges interdisciplinaires.

Le prix de l’Ermitage :

Le jury est composé des personnes permanentes suivantes.

  • Patricia Boyer de la Tour : critique d’art au Figaro
  • Björn Dahlström : conservateur du musée berbère au jardin Majorelle de Marrakech
  • Denyse Durand Ruel : collectionneur, écrivain d’art
  • Hervé Griffon : directeur  du FRAC Pays de Loire
  • Laurent Lebon : président du musée Picasso
  • Jean Hubert Martin : ancien directeur du Musée national d’art moderne, commissaire d’expositions
  • Jean Luc Monterosso,Directeur de la maison européenne de la photographie 
  • Joelle Pijaudier-Cabot : directeur des musées de Strasbourg 
  • Christophe Rioux : critique d’art, universitaire.

Les membres du jury reçoivent toutes les publications «  Beaux Arts » de la fondation  et sont conviés à tous les événements de la fondation.

  • Le prix donne droit à une exposition aux Vallons de l’Ermitage.
  • Une publication avec Beaux Arts Editions.
  • Une présentation lors d’une conférence de presse dans une grande institution.
  • Une donation- exposition  à un grand musée. 
  • Un événement international en partenariat avec l’Institut français, le quai d’Orsay et une grande foire internationale comme celle de Beyrouth.

 

Le développement à l’International :

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Prix 2014 à Beyrouth : 

Le triptyque du bon gouvernement des esprits des Vallons a reçu le prix de l’Ermitage 2014 et a été présenté le 18 septembre 2015,  à la Villa Rose de Beyrouth, devenue l’Ecole Supérieure des Affaires, pendant la foire d’art contemporain de Beyrouth. 

Avec l’ambassadeur de France, Emmanuel Bonne, le ministre de la culture libanais, Raymond Arriyi, le directeur de l’ESA, Stephane Attali.

LE TRIOMPHE DE LA PRESENCE par Martine Boulart

Quand j’ai décidé de créer cette fondation, Claude m’a proposé de concevoir l’exposition inaugurale. Enchantée par son monde onirique, j’ai pensé que son travail s’intégrerait magnifiquement dans le cadre des Vallons ou la rivière souterraine nourrissant le petit bois de chêne pouvait  certainement faire naitre des lutins et autres « Origènes ».

De notre coopération et de l’harmonie qui résulte entre cette maison de famille devenue fondation et les images de Claude sur l’origine de la conscience, à travers les différentes expositions, une représentation du « bon gouvernement » s’est imposée. Ce bon gouvernement cherche à trouver le chemin du milieu en se défiant des extrêmes. Il s’avère cependant être une sorte d’utopie,  qui se heurte aux chaos et troubles de l’histoire.

Mais qui est vraiment Claude derrière les différents visages qu’il nous offre? En tant que haut fonctionnaire, il est le produit de notre éducation élitiste. En tant qu’artiste, il se proclame autodidacte et militant, poète de la nature et artiste engagé dans notre monde contemporain et notamment dans la sauvegarde de notre planète. 

Et cette double nature à la fois logique et intuitive, docile et réfractaire, nourrit aussi bien sa vie d’expert  et de constructeur que sa vie d’artiste et de créateur. Expert imaginatif et artiste rigoureux, il est !

S’il ne revendique aucun héritage artistique particulier, on peut cependant penser que sa filiation artistique s’inscrit dans la lignée de l’art primitif et de l’art brut. Il se réclame ainsi de Jean Dubuffet qui, retrouvant la démarche primitive des peintres de Lascaux peint avec la matière. Mais aussi de Picasso, des surréalistes et de Pierre Soulages qu’il a rencontré à l’âge de vingt-cinq ans et qui l’a aidé à regarder la peinture dans sa structure. 

Il puise sans cesse dans la puissance de vision de Léonard de Vinci et des artistes de la nature. Comme Léonard de Vinci,  sa figure majeure d’identification et d’inspiration, il se veut à la fois expert et poète, botaniste, ingénieur et artiste, privilégiant l’observation et l’expérimentation pour développer curiosité et inventivité.

Comme Léonard de Vinci, sa vie est marquée de ruptures, pour changer de regard et évoluer.

Comme Léonard de Vinci, Vinci signifie jonc, il plie mais ne rompt pas et repart toujours avec de nouveaux projets.

Comme Léonard de Vinci, il cherche des vérités cachées, un «  nombre d’or », dans les caractères humains.

Mais à sa différence, il abonde dans les réalisations concrètes : d’ingénieur culturel, d’écrits, d’images nouvelles, qui sont autant de productions dans lesquelles il s’investit insatiablement. 

En photographie, il se sent également proche de Brassai et de ses graffitis d’où émergent des visages sculptés dans les murs des villes. Ses voyages dans le monde en Afrique, au Brésil et dans les pays asiatiques l’ont  enfin ouvert à la pratique de l’animisme. 

Ses références philosophiques se rattachent en Occident à Rousseau et sa sensibilité préromantique pour la nature et la description des sentiments intimes. Il est par ailleurs très marqué par la dialectique hégélienne, comme on a pu l’observer dans ses triptyques sur les bons gouvernements. Et en Orient il est influencé  par sa découverte des rochers des lettrés, qui portent en elles les forces telluriques de l’univers et qui favorisent la vision des formes anthropomorphes. Il a également découvert, dans les années 1978-80, dans les temples zen japonais,  le sens de la stabilité immuable, la contemplation naturaliste plus que l’abstraction minimaliste, l’observation panoptique de la  structure des mondes rapprochant l’infiniment grand et l’infiniment petit, le regard porté sur les similitudes interprété par l’intelligence associative. 

 

Il aborde les questions essentielles de la beauté au sens romantique du terme, qui s’attache plus à la convulsion qu’à l’harmonie, aux contrastes qu’aux apaisements ; de l’esprit qui émerge progressivement des pulsions animales ; du narcissisme créateur ou pathologique, des émotions négatives d’orgueil de jalousie, bref de tout ce qui constitue l’expérience et la tragédie  humaine.  

Devenu photographe, il a cultivé, dans une vision matérialiste du monde, la quête de son intelligibilité et de sa diversité. Il a appelé Origènes, c'est-à-dire les êtres des origines,  ses visions des esprits anthropomorphes qu’il découvrait dans ses recherches.

Si « l’art minimal traduit la présence de l’absence et l’art conceptuel le triomphe de l’absence » (au sens ou l’entend Michel Onfrais), la démarche de Claude se caractérise par le triomphe de la présence : une présence qui est à la fois production de la nature, en effet la nature est un réservoir de forces avec lesquelles se font les formes,  et projection de sa pensée qui devient une évidence pour le regardeur à travers le cadre qu’il propose. On pourrait dire que ses Origènes constituent une figuration de la matière.

Par ailleurs, Claude est un homme pressé, sa vision du temps est occidentale et linéaire, le temps perdu ne se rattrape jamais, contrairement à la conception orientale et cyclique qui donne une seconde chance de revivre une situation à résoudre. C’est pourquoi grâce à une technique le numérique et avec l’appui de ses mentors qui l’ont encouragé à creuser le sillon de ses « Origènes »,  il a trouvé le médium artistique qui correspond à sa démarche.

Frans Krajcberg est en tant qu’artiste de la nature un pionnier dans notre monde contemporain vivant  à travers une ascèse, il crée un monde nouveau dans la sensorialité pour aller à l’essentiel, ne cherche pas la perfection de la représentation mais aborde le domaine de la signification et va au bout de sa logique en vivant dans un arbre.

Tomi Ungerer unit en lui la fraicheur de l’enfance et le regard acéré du critique, son dessin est plein d’aisance et de puissance, comme Voltaire c’est un enraciné déraciné, qui se situe toujours ailleurs.

Ses amis mentors ont en commun avec lui d’être des artistes libres et indépendants, des idéalistes exprimant une préoccupation existentielle et une inquiétude sur le futur de notre monde et des entrepreneurs qui cherchent à laisser une trace sur cette terre.

 

A travers les images qu’il crée, c’est tout simplement une œuvre qui se dessine. Œuvre que l’on peut résumer en cinq mots : esprits, origine, visages, corps, lieux.  

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